Face à la
crise sans précédent que nous vivons depuis plusieurs mois, s'il y a un bien
une question à se poser c'est celle de la rupture : où est donc la rupture ?
Comment allons-nous impulser un commencement radicalement nouveau qui puisse
nous affranchir d'un système qui s'il a été profitable très longtemps pour
créer de la richesse est aujourd'hui à l'inverse destructeur de celle-ci ? Doit-on
penser comme aimait à le rappeler Einstein que "nous ne pouvons espérer
résoudre un problème complexe au niveau de conscience où il a été créé" ?
Ou la voie nouvelle est-elle tellement évidente et face à nos yeux que nous ne
la remarquons même pas ? Avons-nous assez de courage pour nous remettre
radicalement en question ? Sommes-nous condamner à nous effondrer en tant que
civilisation ? Ou la reprise est-elle déjà là au coin de la rue et nous en
apercevons les prémices ?
Mon avis
est que la reprise ne peut avoir lieu puisque le lâcher prise n'a pas vraiment
eu lieu. Cela se comprend. Notre société doit "tourner" et même si le
système qui la soutien n'est plus tout aussi vertueux. Elle ne peut se
permettre un arrêt car chaque matin, vous et moi, nous avons tous à différents
niveaux la responsabilité de "faire tourner la boutique". Pourtant
mon avis est que nous avons l'impératif et les moyens, et sans aucun doute même
le devoir envers les générations futures, de nous "fabriquer" une voie
de sortie par le haut. Nous avons les moyens de nous réinventer. Encore faudrait-il que
nous nous en donnions les moyens. Le même Einstein qui affirmait comme cité
plus haut que les raisonnements qui sont à l'origine d'un problème ne peuvent
être à l'origine de sa solution, affirmait également qu''"entre le
possible et l'impossible il n'y a que la volonté des hommes". Et même si
cela doit commencer timidement à une petite échelle l'urgence est de commencer.
Car oui sans doute va-t-il nous falloir beaucoup d'humilité, de patience en
plus d'une bonne dose de courage pour penser et mettre sur pied un nouveau
modèle de développement qui nous affranchisse de celui en grave perte de
vitesse.
Alors où
est la rupture ? Voici quelques impressions que j'ai pu relevées.
A la
recherche des temps nouveaux : en nommant ainsi son université d'été le Medef a
voulu attirer notre attention sur les temps d'après crise. C'est une façon de
se demander : quels temps d'après crise pouvons-nous aujourd'hui anticiper pour
mieux les préparer ? Pour tenter d'y répondre, la première journée a traité
essentiellement de l'avenir de nos enfants et même de leur très lointain avenir
puisqu'une conférence et pas n'importe laquelle, la plénière d'ouverture, a
tenté d'imaginer nos enfants quand ils auront 100 ans. A cet exercice au
combien délicat nos intervenants ont opté pour des affirmations de réserve évidemment
très prudentes, et, comme cela se comprend, sans pouvoir apporter d'éléments
concrets.
Comment
réfléchir après tout à l'avenir de nos enfants -et même si cela peut partir
d'une attention louable- quand beaucoup d'enfants ne savent pas ce que leur
propre père va faire l'année prochaine voire dans les 6 prochains mois y
compris bien entendu dans nos sociétés dites modernes aujourd'hui affectées par
la crise ?
S'il est
urgent de faire de la place aux enfants et de réfléchir à leur avenir comme il
est bon ton de le penser, nous adultes pourrions commencer par résoudre nos
propres contradictions.
A
commencer par celles que font peser parfois les adultes sur leur propre enfant.
Une conférence intitulée "les enfants interdits d'enfance" qui se
tenait en parallèle à la plénière rappelait à juste titre qu'il y a encore
beaucoup d'enfants de par le monde dont l'avenir immédiat est menacé car sujet
à la maltraitance, la maladie, l'esclave et la guerre. Derrière ce constat
certes aujourd'hui connu la conférence a essayé d'exposer les solutions
concrètes à notre portée. Et à ce jeu la conclusion n'était pas aussi évidente.
Une responsable du BIT (bureau international du travail) a évoqué le cas
d'enfants de pays en voie de développement qui une fois "sortis" des
usines où ils y étaient exploités devaient faire face à des conditions encore
pire "dehors". A contrario les enfants soldats quant à eux une fois "enlevés"
aux champs de guerre, trouvaient un avenir meilleur par le travail sous peine
d'être rejeté par leur communauté ce qui est bien pire encore. Bien que le BIT fait
ce qu'il peut pour que les conditions de travail y soient décentes ces enfants
sont prisonniers d'un système qu'il est difficile de changer. La rupture ne
vient pas comme cela.
La
rupture n'est pas un terme que j'ai entendu alors que j'écris ce billet à mi
parcours de l'université d'été. Le terme évidemment star des conférences aux
quelles j'ai assistées est bien entendu le terme "crise". Dans la
conférence "Crise et sortie de crise" puis ensuite "le
capitalisme sera éthique ou ne sera pas" (presque) tout le monde y est allé de son
interprétation de la crise et ces interprétations ont monopolisé le temps de
parole.
Autre
constat si Madame Parisot "veut croire en la reprise" - La Tribune
En
écoutant les intervenants on peut remarquer un certains consensus sur la
nécessité d'agir après les discours de bonnes intentions. Il y a aussi une
certaine volonté de ne pas reprendre les mêmes directions qu'avant pour ne pas
reproduire les mêmes conséquences. Il y a un certains consensus sur la
nécessité de maintenir un développement axé autour du capitalisme même si
celui-ci doit changer en certains points et notamment en adoptant plus de
régulations pour en limiter ses excès. Last but not least, il y a le constat de
ne pas chercher impérativement des boucs émissaires comme cela a pu être le cas
avec les banquiers et maintenant les traders car la crise traduit d'abord la
faiblesse d'un système. Il y a donc beaucoup de bonnes intentions et de propros
plutôt marqués du bon sens mais les suggestions de ruptures concrètes qui
notamment pourraient indiquer aux chefs d'entreprise où orienter leurs efforts,
quant à elles ne dégagent pas réellement de consensus mais font plutôt l'objet
de recommandations individuelles de la part de chacun des intervenants.
Je vais revenir dans un prochain billet sur ces recommandations. A suivre ...
Boris Perchat
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